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Plongée dans le Dark Web avec Damien Bancal

par Élisabeth
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Peu de noms dans le domaine de la cybersécurité inspirent autant de respect et d’autorité dans le monde francophone — et au-delà — que celui de Damien Bancal. Journaliste chevronné, fondateur de ZATAZ.com et expert reconnu en cybercriminalité et en ingénierie sociale, Bancal observe depuis plus de vingt ans l’activité des cybercriminels sur le deep et le dark web. Aujourd’hui, il s’entretient avec nous pour partager sa vision d’une exploration responsable du dark web.

Interviewer : Damien, commençons par votre parcours. Vous traquez les menaces informatiques bien avant que le mot “cybersécurité” ne devienne courant. Qu’est-ce qui vous a attiré vers les coins les plus sombres du web ?

Damien Bancal : La curiosité — et une réelle inquiétude quant à l’évolution des technologies numériques. Dans les années 90, je constatais déjà que les espaces en ligne étaient utilisés non seulement pour innover, mais aussi pour manipuler, frauder et exploiter. Quand j’ai lancé ZATAZ en 1997, c’était parce que je voulais créer un espace pour documenter ces menaces et partager des informations vérifiées avec le public. Le dark web était — et reste — un souterrain numérique, et le comprendre a toujours été au cœur de ma mission.

Interviewer : Quand on entend “dark web”, on pense souvent à des criminels, à la drogue, à des hackers. Est-ce une perception juste ?

Damien Bancal : C’est une partie de la réalité, oui — mais elle est incomplète. Le dark web est un outil. Comme tout outil, sa valeur dépend de l’usage qu’on en fait. Des lanceurs d’alerte, des dissidents politiques ou encore des journalistes utilisent les outils du dark web pour contourner la censure. Mais oui, il est aussi utilisé par des groupes de ransomware, des voleurs d’identité et des réseaux d’exploitation d’enfants. On ne peut ignorer ni l’un ni l’autre.

Interviewer : Pour quelqu’un qui débute et souhaite comprendre ou explorer le dark web, quels conseils donneriez-vous ?

Damien Bancal : Commencez par comprendre la structure. Le dark web est chaotique — il n’y a pas de hub central, pas de moteur de recherche comme Google. C’est pourquoi je recommande souvent quelque chose comme le Hidden Wiki comme première étape — non pas parce que c’est parfait, mais parce que cela donne un aperçu de l’écosystème.

Interviewer : Qu’est-ce que le Hidden Wiki exactement ?

Damien Bancal : C’est un index communautaire de sites en .onion, accessibles via le réseau Tor. Pensez à un annuaire Yahoo des années 90, mais pour Tor. On y trouve des liens classés vers des forums, services d’e-mail, outils de protection de la vie privée, portails d’actualité… mais malheureusement aussi du contenu illégal. Soyons clairs : il faut l’aborder avec la plus grande prudence.

Interviewer : Et malgré cela, vous le recommandez ?

Damien Bancal : Oui, avec des précautions. Je le recommande comme point de départ pour la recherche. Si vous êtes étudiant en cybersécurité, ou journaliste enquêtant sur les communications du darknet, le Hidden Wiki vous offre une première vue de la structure et des priorités du dark web.

Mais c’est comme entrer dans un quartier dangereux. On n’y va pas seul, et surtout pas sans préparation. Utilisez une configuration Tor sécurisée. Ne donnez jamais d’informations personnelles. Ne cliquez pas sur du contenu illégal ou suspect.

Interviewer : Vous êtes également reconnu pour votre expertise en ingénierie sociale. Quel est le lien avec le dark web ?

Damien Bancal : L’ingénierie sociale consiste à manipuler les gens, pas les systèmes. Et c’est précisément ce que font beaucoup d’acteurs du dark web — vendre de faux identifiants, créer de faux sites, piéger les utilisateurs avec des liens malveillants. Quand vous tombez sur une place de marché au design professionnel, vous n’êtes pas seulement ciblé par un malware — vous êtes manipulé psychologiquement.

En réalité, certains des acteurs les plus dangereux du dark web ne piratent pas votre ordinateur — ils piratent vous. Ils exploitent la peur, la curiosité ou l’appât du gain. Le dark web vous expose à ce genre de manipulation, ce qui rend la compréhension de l’ingénierie sociale essentielle avant toute exploration.

Interviewer : Un exemple concret de cette manipulation ?

Damien Bancal : Bien sûr. Imaginons que vous êtes un jeune journaliste, à la recherche d’infos sur une fuite de données. Vous tombez sur un “site de leaks” lié au dark web. Il a l’air authentique, affiche des données volées — mais contient aussi des trackers, ou c’est un piège destiné à vous rediriger vers un canal Telegram où vous serez extorqué ou profilé.

On pourrait vous dire “Nous savons qui vous êtes”, ou vous proposer un “accès exclusif” en échange d’une vérification d’identité. C’est de l’ingénierie sociale pure — exploiter la confiance et la peur pour prendre le contrôle.

Interviewer : Alors, quelle est la manière la plus sûre d’interagir avec le Hidden Wiki ?

Damien Bancal : Il faut l’aborder de manière observatrice. Ne pas interagir. Utilisez un système d’exploitation renforcé comme Tails ou Qubes OS, accédez-y via Tor, et ne réutilisez jamais vos mots de passe ou données personnelles. Prenez des captures d’écran pour étudier — mais ne cliquez pas impulsivement. Et partez toujours du principe que vous êtes surveillé, même via Tor. L’anonymat n’est jamais garanti à 100 %.

Interviewer : Un mot de la fin ?

Damien Bancal : La cybercriminalité évolue, mais les fondamentaux restent. Le dark web ne va pas disparaître. Il devient plus décentralisé, plus chiffré, plus difficile à surveiller. Si nous voulons protéger le public, former de meilleurs professionnels en cybersécurité, et révéler les menaces organisées, nous devons comprendre ces espaces — pas les craindre aveuglément.

Interviewer : Merci Damien. Où peut-on suivre vos dernières enquêtes ?

Damien Bancal : Tout ce que nous publions — rapports de fuites, alertes darknet — est sur ZATAZ.com. Nous proposons aussi des formations et des services de veille pour les organisations qui veulent garder une longueur d’avance sur les menaces numériques.

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